Stomisé !

Cà y est, je suis ”stomisé”. Entendez je me suis fait poser une gastro-stomie. Un ”raccord” qui bypasse la zone ORL : donc direct sur l’estomac.
Pour cela, j’ai hésité tant d’années… Je disais ”zéro tuyau à mon corps…”. Et puis, ouate de Feucq, je m’emballe et couille.
Pour ce faire, pas loin de quarante neuf personnes ont ”œuvrées” aux frais de vos impôts. A commencer par neuroCHEF qui prescrit l’opération. Ensuite, comme, bien sûr, je ne suis TOUJOURS PAS vaccinné, il aura fallu aller se faire tester ”non COVID” au pré à l’âble. Vas-y, pertontan, prouves que t’es négatchif… Donc, re-Brignoles puis Toulon, Saint Anne : hôpital militaire. Arrivée à la bourre, classique. Le combi long est pas évident à manœuvrer dans un parking souterrain à Twingos clafi à 8H00. Là commence la paperasse. Il faut attester, dégager les reponsabilités à outrance. -Et là aussi, il faut signer Madame, c’est le ”protocole” Madame… Délicieux ce mot, dans un nopital militaire, autant te dire qu’on aime les protocoles. Et là ça commence : noria d’interlocutrices dans leur farandoles de documents et stylos trop nombreux en poches sur poitrines (plates). Tellement qu’à la dixième t’arrêtes de compter. Une te mets le bracelet inamovible, l’autre amène la sonde, une troisième te déshabille pendant qu’une consœur te maintient ferme. Je finis vêtu de trucs jetables, allongé tambien-qémal douloureusement. Je regarde Nath : la SEULE à comprendre mes problèmes : je lui ”dis” du regard -Restes avec moi, pitié ! Et là les hostilités démarrent : on m’enfonce dans la narine 7OCM (!) de ”sonde”, jusqu’à l’intesténg, ma foi ! Je hurle, on s’en bat les coudes : le ”protocole”, pardi. Et puis on attend, comme des cons. La télé qui diffusait de la ”musique” envoie du NCIS entrecoupé de pubs toutes les vingt minutes. Franchement, à 11H00 AM, mais QUI regardes ces MERDES ??? On s’endort, moi avec mon teub dans le pif, j’ai mal, je m’endort quand même. Sursaut ! Une n-ième infirmière m’annonce le départ ”imminaaang” en parlant comme si j’étais sourd. Je dormais, conasse ! Un gars masqué se présente : lui c’est le transporteur. Je compte les plafonniers : seule vue possible.A 300 mètres de couloirs de la chambre, un étage plus bas : LA salle stérile d’opérations. On m’administre un sédatjif : re-attente, re-sommeil. A 12H30 on dit à mafam de se barrer. Je flippe. Ma moitié, mon interprète…! Dans le bloc on me met à plat : chose que je déteste car j’arrives plus à respirer ! (hache-tag #ICANTBREATHE de Georges Floyd ! ) Je suis là à gémir, la bande d’assistantes du ”chef” continue à se raconter le dernier ouiquènde en déballant un matoss incroyable 100% jetable. Le pompon est un sac plastique transparent pour couvrir l’écran en verre supposé faire cette fonction : comme si mon sang allait gicler sur des mètres à la ronde. Pareil pour le X-ray au dessus de mon poitrail. Ma vue suffocante se résume à l’armoire de fiches ”protocole” et le plafond. Et là arrive Dieu. Le chirurgien. Un ”bonjour” par principe. Zéro empathie, ni ”Pourquoi il respire mal ce monsieur ?”. Il est pas là pour ça, lui. La trentaine, un melon ça-comme. L’opération dure 30 minutes à tout casser. Ledit chir part déjeuner, pendant que le petit peuple range tout et mets en poubelle les finze kilos de plastiques non-recyclables générés par ma ”petite” opération. Une demie-heure. Je suis pas mort, force est de constater que le protocole est juste. Un autre ”taxi” me remonte à la chambre. Je suis entre mal et bien, sédaté à souhait, et un saint-malo bide! Toujours la sonde dans le nez, il en sort un jus d’estomac craignioss… Re-attente, une bonne heure avant qu’on s’aperçoive que j’ai toujours et encore ce tube dolores dans le blase ! -Je ne peux pas décider monsieur, le médsin va venir… A 16H00 on me la sort, aucun médecin : une étudiante imposée qui ne comprend rien, et moi de m’étouffer, again. A 17H00 ”on” s’aperçoit kilfo signer les papiers de sortie. Nous on s’était calé sur le sixième épisode de NCIS… Enfin, libres. Je me fume une tige au soleil couchant sur le mont Faron. Erreur ! J’ai rien avalé depuis 6H00 smatin : une sacrée gerbe ! Bien sûr les embouteillages à Toulon city, gerbe et la douleur qui se réveille. Jethro Mall. Au volant Michèle Mouton, mon fauteuil décolle dans les courbes.

Cela est bien fait pour ma gueule d’égoiste. J’assume ma SLAtitude comme dirait aimer ces airs. Quand même assez génial le système médical français : 50 bonhommes qui s’occupent de toi (et le dieu trentenaire) pour zéro franc ! euh euro… Et ce qu’on va me faire ”manger” par le tube aussi, es tout paga ! Finalement j’ai atteint l’équilibre plus vite que prévu avec ce que feu le Régime Social des Indépendants m’aura prélevé… Voilà, je redeviens ”profiteur” comme tous ces pédés de tétraplégiques ! La con de moi. Je critique, mais suis bien content (ET conscient) que si j’étais américain ça serait bien différent. Et si j’étais azerbaidjannais ou syrien, ce serait une autre paire de manchees. Peut-être que là-bas le chir ne se prend pas pour Dieu, et que on ne gaspille zéro polluants… Vas-savoir. J’écrirai certainement pas d’un iMac full options avec Spotifly et le monde à un clic d’œil. Pour revenir à ma gastro-stomie, j’inaugure la pompe présentement. Plus besoin de passer à table : gain de temps apréciable ! Si on m’alimente la nuit, je gagne l temps de trois repas par jour ! Cela fait des jours par mois, tout à fait mon genre ! Et puis on pourra intégrer les Médocs… ou des côtes du Rhône. J’avais pensé à du Jack Daniel’s avec la bouteille pendue à l’envers à cette putain de potence (plus laide tu meurs !). Si on y branche de l’air comprimé je pourrais gagner le concours de pets. Et si on y met de l’helium je décolle ! Mieux vaut en rire, sinon, autant styré une balle.

Je reviens sur la SLA en général.
La mienne a pris un coup dans le buffet en deux jours. L’impossibilité d’expectorer s’accompagne désormais d’une douleur aigüe à mon ”raccord”, et tout mon corps se tend en apnée… ce qui fait super mal. Je n’ai aucun contrôle : 100% subit. Les soubresauts des réflexes m’épuisent et me font mal. Du coup je respire moins et la SLA avance ses pions… Nath et les filles ont de plus en plus de mal à me plier les jambes, ET à interpréter où j’ai mal. Sackréng ! Là, à l’ordi : je suis un coq-en-pâté, mais ailleurs j’en mène pas large… Oui, la Sclérose c’est ça. En plaques, en tubes ou latérale, elle finit par gagner, je ne me leurre pas. En attendant j’ai mille projets en cours, dont un gros : un terrassement de mini 3000 M3 à Pontèves pour ouvrir, enfin, Ollie & Tom’s Custom Garage. Tom assure son année de méca-design, c’est prometteur. Et ses bécanes s’arrachent sur le Bonk-Ouin. Un mot sur mafam qui mérite un double César de la plus grande aide humaine jamais trouvée. Elle se lève TOUTES les nuits pour retourner son légume de mari qui se touve AUSSI avoir une spondylarthrite enculésante (réservée aux ankylés). Pourquoi faire simple, hein ? Et jusqu’à cinq fois, pour calmer mes hurlements de douleur. Et voui. Au bout de trois heures il me FAUT bouger, la douleur est insupportable. Oui, je suis vraiment une merde ! Une merde d’aandjicapé !

J’ai passé la PIRE des nuits là. De mémoire, je n’ai pas eu cette impression avant, donc on peut dire la pire de ma vie. Cela a commencé par une glaire, impossible à dissiper : impossible de m’endormir couché. Je hurle, Nath descend en pleine nuit. Il n’est que minuit trente… Mon corps saoul de se rebeller est tendu telle une arbalète : impossible à retourner. La toux est non-stop, la seule chose que je désire est de respirer NORMALEMENT. Nath réussit à force de bras par me mettre assis à l’aide du dossier motorisé. Mes pieds sont pressés contre le pied de lit, jambes tendues. Là, seulement, la toux cesse. Elle me laisse choir ainsi d’un commun accord. Vers 2h00 le mal me réveille. Je suis coincé tel quel, pas bougé d’un yota. Hurle, réveille Nath. Mon lit médicalisé custom décide de s’y mettre aussi : le rouleau droit ne veut plus tourner ! Et moi, tendu-raide : une merde ! Nath réussit à me coucher sur le dos malgré tout, au bout de vingt minutes d’efforts musculaires. J’arrive à dormir une petite heure et me réveille en panique, haletant pour expectorer ce maudit glaviot. Re-hurle. Re-Nath tirée de son sommeil. Je lui fais comprendre que seul mon fauteuil sera bien pour ”finir” la nuit. Transfert dangereux, guibolles en guimauve. Elle me cale dans le salon, avec le tic-tac de ses putains d’horloges Ikea Adöbal. Je somnolle au jour levant dehors. Vers sept heures, un mal !!! Tout le thorax endolori par la SPA (celle réservée aux ankylés). Cela plus la douleur au bide ET le graillon dans la gorge, c’est le bouquet final. Vraiment, je me sens en pleine forme -olympique rajouterai-le maire. J’ai rarement été aussi mal. O toque à la porte : c’est Elie, qui vient de Saint Juliéng (loin !!). Elle est adorable, prononce le véng au lieu du vin. Mais sa bonne humeur ne solve pas mon mal-être. Envie de ma moitié : la SEULE qui comprend tout de moi. Le paracétamoul injecté directement avec une seringue dans ledit raccord (pratique !) aura un effet apaisant pour écrire ceci à lordji, entre deux somnolences…
Finalement, on m’aura vacciné ce Dimanche. Formidables nos pompiers ! Ils gèrent absolument tout. Je voulais m’attribuer le pseudo de Novak Ciney, trot tard. Voilà, une autre tranche de ma vie de SLAman. Pas la plus drôle. A tantôt, les tantes Hotentottes.

PS : hotentottententententoonstellingsgebouwen est un des mots le plus long en néerlandais. Souvenir de Aad.

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